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La zone étang de Berre a toujours été une zone d'intérêt sur la thématique environnement/santé. Air Provence-Alpes-Côte d'Azur surveille la qualité de l'air dans cette zone depuis les années 80,  où de très nombreuses mesures ont été réalisées et sont encore menées.
Bien que les seuils réglementaires soient respectés pour la plupart des polluants, les niveaux mesurés dans cette zone sont parmi les plus élevés du territoire de l’étang de Berre.
La dernière étude « SCENARII » d'Air Provence-Alpes-Côte d'Azur, plutôt que d'appréhender les polluants de façon individuelle, a permis d’évaluer les risques associés au cumul de plus de 39 polluants présents dans la zone. 

Les résultats de l’étude d’Air PACA doivent entrainer la mobilisation de tous les acteurs.

Rencontre avec Muriel Andrieu-Semmel, Responsable du Département Santé Environnement à l’Agence Régionale de Santé Paca (ARS Paca).

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L’étude d’Air PACA Scenarii vous a été présentée à mi-janvier. Que vous a inspiré le résultat de cette enquête sur la relation air-santé des populations autour de l’étang de Berre ?

A ce niveau-là c’est tout à fait inédit ! Une étude aussi vaste, brassant 39 polluants sur 66 communes d’un même territoire et une population importante, s’intéressant tout autant à l’importance des émissions polluantes du résidentiel, des transports et de l’industrie, apparait remarquable parmi les études françaises de ce type. Elle a été financée dans le cadre du Plan Régional Santé Environnement, afin d’aider à la décision la DREAL et l’ars.

Et le caractère associatif d’Air PACA, la multiplicité de ses financeurs, en font un acteur indépendant, reconnu expert dans le domaine de la qualité de l’air. Cette indépendance garantit, pour les décideurs, que l’étude aura des suites concrètes.

Du vaste éventail des données ouvert par Scenarii, qu’est-ce qui vous semble utile pour l’avenir ?

Quatre polluants émergent de cette étude, du fait de leur impact à long terme sur la santé des populations : les particules fines et le benzène, qui sont soumises à réglementation, mais aussi le 1-2-dichloroéthane, et le butadiène, qui eux n’y sont pas soumis, bien que présentant des niveaux qui induisent à long terme des effets sur la santé. Or, la mise en lumière du risque qu’elles induisent nous fait voir que l’effort de connaissance doit être poursuivi, là où il sera efficace. Le but ? Parvenir à protéger, par anticipation, des populations données. Ici elles sont connues, le périmètre de 36 communes et ce que dit Scenarii est essentiel pour mener des actions en faveur de cette protection – j’insiste – anticipée.

Pour cela il nous fallait absolument connaitre les polluants incriminés les plus contributeurs d’émissions sur lesquels faire porter l’effort de réduire ces émissions. C’est chose faite avec Scenarii. Soulignons que cette étude s’inscrit dans la durée, et peut être régulièrement actualisée.

Disons que c’est le cumul des émissions qui, au fond, génère le risque. Les populations y sont exposées, et il faut le faire baisser. Voilà l’objectif.

Un des enseignements de Scenarii reste la multiplicité des sources de pollution, donc des responsables. Cela ne rendra-t-il pas complexe la recherche de solutions efficaces ?

Vous posez la question des leviers d’action, celle que se posent les décideurs. Récemment, le Sous-Préfet d’Istres a réuni les élus locaux pour en parler. Car Scenarii souligne la part importante liée aux transports, et celle, plus saisonnière, au résidentiel dans l’émission de ces polluants. Pour agir sur ces deux sources d’émissions, le rôle des élus s’avère déterminant.

Pour ce qui est des transports, autre source dont Air PACA pointe la responsabilité dans Scenarii, des marges de manœuvres locales existent. Les Communes et le Département peuvent agir là,  même si ces émissions dépendent aussi de la qualité du parc automobile. La question du ferroutage a été débattue, comme celle des mobilités actives et des transports collectifs, à développer. Il s’agit là de la mise en œuvre locale de politiques publiques, un levier important de réduction des niveaux de pollution. Un maillage plus dense de déchetteries capables de composter les déchets verts serait une réelle alternative, et relève également de la décision d’acteurs locaux.

En fait l’ensemble des acteurs à toutes les échelles territoriales, doivent se mobiliser, pour réduire le risque sanitaire auquel les populations sont soumises actuellement.

Quelles suites réelles imaginez-vous pour un travail tel que Scenarii ?

Des perspectives pour la recherche, il n’en manquera pas à l’issue de Scenarii. Les données doivent être régulièrement réactualisées. Air PACA cible 39 substances ; seule la connaissance précise des substances émises, de leur interaction permettra d’être mieux instruit des expositions et des risques sanitaires liés aux activités sur le bassin industriel de l’Etang de Berre. On parle des particules fines. Il convient de progresser dans l’information sur leur dangerosité. Elle dépend de leur taille et de leur composition. Les mesures de masse ne suffisent plus. Améliorer leur traçabilité est un enjeu important. Elle permettra de savoir sur quoi faire porter les efforts de réduction.

Scenarii a enfin montré les  limites du réseau de surveillance atmosphérique tel qu’on le connait. Avec cette étude le rôle majeur que jouent les mesures en complément de la modélisation apparait mieux. Des améliorations peuvent être apportées, pour obtenir des données de surveillance de meilleure qualité. A ce sujet, un plan de surveillance mutualisé est actuellement à l’étude.

Pour l’ARS, ce type d’étude mené par Air PACA constitue le volet environnemental de notre action de surveillance. Celui-ci vise à améliorer l’état de santé des populations dans ces secteurs fragilisés, sur les plans environnemental et sanitaire.

 

« Le caractère associatif d’Air PACA, la multiplicité de ses financeurs, en font un acteur indépendant, reconnu expert dans le domaine de la qualité de l’air. Cette indépendance garantit, pour les décideurs, que l’étude aura des suites concrètes. »