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Jean-Marc Sénateur : « avec Scenarii nous disposons d’une étude solide pour fonder les réponses de l’Etat »

Actions réglementaires, concertations, projection dans un avenir proche… Le sous-préfet de l’arrondissement d’Istres, Jean-Marc Senateur, souhaite ne pas laisser s’empoussiérer le rapport d’études Scenarii.

Rencontre avec Jean-Marc Sénateur, sous-préfet de l’arrondissement d’Istres

Jean Marc Sénateur
Jean-Marc Sénateur,sous-préfet d'Istres

Scenarii s’intéresse aux relations air-santé dans 66 communes de l’ouest des Bouches-du-Rhône. L’Etat en est un partenaire majeur. Vous avez donc été informé tôt des résultats. Comment les avez-vous appréciés ?

En lien avec la DREAL PACA j’ai souhaité présenter les résultats de cette étude dès le 10 janvier aux élus de l’arrondissement d’Istres, là où voisinent un grand nombre de communes impactées par les industries du pourtour de l’étang de Berre.

L’étude Scenarii, qui s’inscrit dans le Plan Régional Santé Environnement (PRSE) est d’une grande précision, inédite à ce niveau pour notre région ; sa méthodologie a été validée par l’Ineris, son ampleur quant au nombre de communes et au nombre de polluants étudiés est remarquable. Et elle s’intéresse à toutes les sources possibles, sans se limiter à la seule industrie. Ses résultats sont incontestables.

Elle identifie les communes et y établit des relevés précis, en allant plus loin pour quatre polluants identifiés comme particulièrement problématiques : le dichloroéthane, le butadiène, les particules diesel et le benzène. Bref, il convient, maintenant que nous disposons d’une étude solide, soigneusement réalisée, de communiquer en transparence sur ce qui aidera l’Etat à intervenir.

Notre connaissance du phénomène des pollutions et de ses effets sur la santé de populations identifiées est évidemment importante. Scenarii s’ajoute à d’autres, qu’elle complète. Dans la période la plus récente on peut citer Epseal*. L’Etat n’a toutefois pas été invité à apporter un éclairage, lors de la communication publique de cette dernière, alors qu’il aurait aimé pouvoir apporter ses réponses.

Justement, Scenarii donnera-t-elle lieu à des initiatives de l’Etat ?

Avec Scenarii, avec la DREAL et l’Agence Régionale de la Santé, l’Etat note l’ampleur de cette étude complète, et souhaite apporter des réponses, également complètes, dans l’univers du concret. Nous savons déjà que nous nous adresserons à une douzaine d’industriels importants de l’étang de Berre et du golfe de Fos, pour leur demander d’aller plus loin dans la chasse aux émissions diffuses, ces milliers de vannes ou robinets qui fuient tous un peu de gaz. Les industriels mènent déjà une action en ce sens ; il existe encore dans ce domaine des marges de progression à exploiter.

En ce qui concerne les rejets polluants, nous avons la possibilité d’abaisser les seuils au-delà des réglementations ; et la DREAL poursuivra en ce sens son travail de contrôle. Evidemment nous devons tenir compte des évènements imprévus, telle la panne de chaudières de l’usine sidérurgique d’Arcelor Mittal à Fos, qui explique certaines pollutions au benzène ; mais nous devons aussi demander des résultats, dans ce cas une réduction à la source de la pollution sous six mois.

Scenarii souligne aussi les niveaux de pollution, polluant par polluant, au long des grands axes routiers. Ils peuvent être importants, et là les industriels n’en sont pas directement responsables.

Il faut souligner que les sources de pollutions atmosphériques sont diverses. Bien entendu, il n’est pas du pouvoir des autorités locales de réduire l’utilisation de carburant diesel ou d’accélérer le passage au GNL dans les poids lourds, ou les navires. Ces décisions sont prises à d’autres échelons. Mais pour autant nous disposons de leviers d’action, également dans le domaine des transports. Nous nouons des partenariats, ainsi avec le Grand Port Maritime de Marseille, pour des actions vertueuses à long terme. Je rappelle ainsi que le Contrat de Plan Etat Région inscrit, parmi ses actions, le développement du transfert de marchandises, par voie ferrée, depuis les installations portuaires.

Les résultats de Scenarii supposent-ils une évolution dans l’action de l’Etat vis-à-vis des collectivités locales concernées ?

J’estime que les élus locaux, les maires des communes concernées par Scenarii en premier lieu, doivent être informés de manière précise et en toute transparence. Cette étude est fiable et complète. Et eux sont demandeurs, je l’ai bien constaté lorsque nous en avons parlé ensemble le 10 janvier. Ils doivent trouver tous les compléments d’information, il est important que rien ne soit caché.

J’ai proposé à cet effet aux élus locaux un rendez-vous annuel de suivi du PRSE, pour dialoguer sur la problématique de la pollution de l’air et la santé. Nous y parlerons notamment des mesures prises, des solutions à mettre en œuvre, et des possibilités d’aller plus loin dans la réduction des émissions polluantes, au travers notamment des compétences respectives dans le domaine des déplacements et des transports.

*Etude participative en santé environnement ancrée localement, dont les résultats ont été présentés en janvier 2017 à Fos et à Port-Saint-Louis (13)