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Henri Cambessedes : « ouvrir le champ de la recherche et s’intéresser d’abord à la population impactée »

Le premier adjoint au maire de Martigues en rêve, une recherche sur l’impact sanitaire de la pollution atmosphérique, qui puisse ouvrir sur l’ensemble des problématiques, et dont les résultats ouvrent le débat…  « Comme élu local, j’y vois un outil pour des solutions concrètes ».

Président du Comité Territorial Ouest Etang de Berre d’Air PACA, vous avez reçu les résultats de l’enquête Scenarii. Votre sentiment ?

photo Henri Cambessedes

Je suis certes content qu’un territoire cohérent – ici vous trouvez l’essentiel de l’industrie lourde provençale et ses émissions atmosphériques particulières – ait été choisi pour cette vaste étude Scenarii réalisée par Air PACA.

Mais il m’a d’abord semblé très important que l’étude ne segmente pas par type d’émission, qu’elle ne cloisonne pas ses recherches, ignorant l’ensemble, le contexte, le fait qu’une population en soit concrètement affectée. Il fallait qu’elle tienne compte d’une vérité fondamentale ; c’est bien le cumul de ce que les gens respirent qui sera important en termes de santé publique.

« L’effet cocktail » respiré tout au long de l’histoire d’un individu ou d’un groupe humain, pendant des années, voilà ce qui sera de plus en plus étudié.

Un champ nouveau s’ouvre là, la recherche et la mesure décloisonnent, elles sortent d’une surveillance de type « laboratoire », pour restituer les éléments d’une véritable compréhension des problèmes sanitaires posés par la pollution atmosphérique. Je le répète, la recherche doit tenir compte de la population affectée par la pollution, non seulement de la pollution elle-même, de son niveau, de ses seuils admissibles par la réglementation.

Vous pensez que cette vaste étude territoriale signe un changement dans les manières d’étudier la relation pollution santé ?

Bien sûr, surveiller la concentration des produits dans l’atmosphère a eu et garde son utilité. Maintenant il s’agit toutefois d’ouvrir la palette des modes d’investigation, de tenir compte de l’attente des populations, plus seulement des contraintes réglementaires.

Il s’agit de prendre en compte l’exposition des populations dans un territoire donné, et non plus de seulement surveiller le niveau de concentration d’un produit dans l’air. C’est une philosophie différente. Elle compte toujours autant sur une structure de mesure aux savoir-faire importants, et des règles établies en matière de mesure des polluants, mais s’intéresse à ce que respirent les gens, dans la complexité des cocktails pollués, et de l’état de santé des gens exposés.

Vous êtes premier adjoint au maire de Martigues, élu métropolitain. Au fond, de cette place où les électeurs vous positionnent, quel intérêt voyez-vous à Scenarii ?

Avec des philosophies différentes mais une convergence d’intérêt certaine pour la population concernée, j’observe qu’avec l’étude Epseal, Scenarii ouvre une voie intéressante pour l’élu que je suis.

J’appelle de mes vœux un grand tour de table des soixante-six communes du territoire de Scenarii. Il me semble important que les avis les plus divers soient exprimés : le point de vue de l’expert, celui du médecin, du salarié, et celui du citoyen.

Ce que permet l’élargissement du champ de l’étude en matière de pollution atmosphérique, au fond c’est Air PACA qui l’a montré avec Scenarii. En s’intéressant au territoire et non plus seulement aux usines, les ingénieurs ont pointé l’importance de la pollution générée par le transport routier, à partir de l’industrie ou des activités portuaires.

A moi, élu local, cette façon de voir, me donne des arguments en faveur du transport ferroviaire, dans la mesure où il faut faire baisser la pression du transport routier, polluant. Ouvrir le champ de vision, ça peut aider à voir des problèmes là où on les devinait seulement. Et donc à s’atteler à les résoudre.

 « La recherche doit tenir compte de la population affectée par la pollution, et non seulement de la pollution elle-même, de son niveau, et de ses seuils admissibles par la réglementation. »