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Corinne Tourasse : « le risque sanitaire est accru, la réponse est dans la concertation et l’action renforcées »

La directrice régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement de Provence-Alpes-Côte d’Azur estime que l’ensemble des acteurs doivent se mobiliser, en vue de solutions propres à abaisser le niveau des pollutions atmosphériques « de toutes origines ». L’étude Scenarii a souligné la multiplicité des sources et évalué les risques pour la santé des populations.

Rencontre avec Corinne Tourasse, directrice régionale DREAL PACA

Corinne Tourasse (DREAL PACA)
Corinne Tourasse,directrice DREAL PACA

Le 17 janvier vous avez été conviée par Air PACA à prendre connaissance de l’étude Scenarii, sur la relation air-santé dans 66 communes de l’ouest des Bouches-du-Rhône. Votre impression ?

La démarche « risque sanitaire » qui commence par la connaissance et se prolonge par l’action, a été engagée dès 2008 par les pouvoirs publics à travers des études de zone. C’est dans cette histoire que s’inscrit l’étude Scenarii, qu’a menée Air PACA. Mais avec Scenarii, disons-le, nous changeons de braquet ! Un territoire vaste de 66 communes où sont étudiés 39 polluants dans leur rapport avec la population, c’est une première à ce niveau.

Air PACA s’avère un acteur indispensable de connaissance et de compréhension ; il recueille énormément de données, soigne sa méthodologie, mais aussi modélise, et donc évalue théoriquement cette relation air-santé sur la population de ces communes.

Pour les pouvoirs publics, Scenarii est donc un bon outil d’aide à la décision, qui nous montre ici que les risques sanitaires sont accrus, pour des populations exposées sur de longues périodes dans certains secteurs. Cela nous interpelle, nous pouvoirs publics : Etat certes, mais aussi Métropole Aix-Marseille Provence et communes.

Il faut que tous prennent à bras le corps cette préoccupation, la santé humaine.

En quoi le risque sanitaire pour la population serait-il plus important que ce qui était jusqu’alors connu ?

Je parle en effet de risques accrus. Parce que dans les 66 communes de l’étude, nous sommes face à une histoire urbaine et industrielle singulière. Les pollutions ont beaucoup diminué depuis 40 ans, mais elles proviennent de sources diverses. Agir sur toutes ces sources me semble être la réponse fondamentale. Un dialogue avec les collectivités locales s’impose, pour la prise de conscience générale.

Avec les industriels, les acteurs sont connus et peuvent se voir appliquer des mesures de réduction, mais en cas de multiples sources, les réponses vous semblent-elles beaucoup plus compliquées à mettre en œuvre ?

En matière réglementaire nous sommes allés plus loin en Provence-Alpes-Côte d’Azur, que ce que la réglementation, justement, réclame. Les industriels ont investi et continuent de le faire pour limiter leur impact environnemental (sur l’air, certes, mais aussi sur l’eau, ou encore celui des déchets…). Pour autant nous allons continuer à travailler avec ces industriels, à la réduction des émissions de certains composés organiques volatils, en particulier dans les émissions diffuses de milliers de vannes, au long des kms de canalisations des usines de la région. Une concertation à cet effet est déjà engagée avec eux.

Les transports terrestres comme maritimes sont aussi à l’origine de pollutions de l’air. Concernant le trafic maritime, Air PACA et la Fédération France Nature Environnement ont récemment mis en lumière la problématique. A l’échelle de la Métropole Aix-Marseille Provence, ce trafic touche la population riveraine des bassins. La réglementation va jouer un rôle pour réduire le niveau des nuisances, mais doit être imposée au niveau international. La vertu -qui devient un argument commercial- va aussi pousser les armateurs et les croisiéristes à réduire leur impact, en particulier parce qu’ils choisiront des moteurs au GPNL. Le Grand Port Maritime de Marseille, lui, se mobilise pour accompagner ces mutations. Il donne ainsi la possibilité de branchements électriques à quai, va mettre à disposition des navires des scrubbers mobiles. Il facilitera les solutions. Pour ce qui est de l’Etat, la Direction de la Mer renforce quant à elle ses contrôles.

Transports maritimes, mais également terrestres. Comment pensez-vous desserrer cet étau ?

L’impact du transport  terrestre, c’est vrai, est autrement difficile à réduire. Là, les compétences sont diverses, éclatées. Une bonne part des réponses dépend des politiques d’aménagement des collectivités locales ; et elles peuvent prendre du temps.

Il faut bien sûr favoriser le report modal. Le transport marchandises, déjà, est important, en particulier de par la présence du port de Marseille. Il s’effectue actuellement surtout par camions. Sachez que le Contrat de Plan Etat Région comporte des propositions de report modal. Il faut que les solutions soient attractives pour les transporteurs. L’Etat développe aussi des projets routiers propres à éloigner les itinéraires poids lourds des plus fortes concentrations de populations. Réalisés, ces projets réduiront l’impact de la pollution de l’air sur ces populations. Les projets de contournements routiers de Fos, Martigues, Port-de-Bouc et Miramas joueront ce rôle-là.

Et pour ce qui est des flux importantissimes de véhicules individuels en déplacement ?

Dans le domaine du transport de voyageurs il convient aussi de favoriser le report modal, et de gagner en fluidité du trafic. Et là, les collectivités sont en première ligne. J’estime que l’Agenda Transports de la Métropole Aix-Marseille Provence, adopté voici un an, constitue un engagement fort en ce sens, une réponse par la mobilisation des acteurs publics. Il vise en effet à optimiser les transports publics tout en développant les modes actifs.

Vous savez, près de 50% des déplacements s’effectuent sur moins de trois kilomètres. Quel champ d’action pour les communes qui veulent favoriser la pratique du vélo au quotidien, ou de la marche à pied ! Quand elles en prennent conscience et qu’elles aménagent en conséquence, les progrès pour l’environnement, et pour la santé, sont à portée de main. Scenarii jouera peut-être pour elle le rôle d’un électrochoc salutaire, je le souhaite.

Les solutions à la pollution atmosphérique supposent des investissements, des efforts coûteux, mais en situations budgétaires contraintes. La frugalité budgétaire ne jouera-t-elle pas contre l’amélioration ?

La problématique budgétaire est une réalité. L’argent devient rare. C’est donc le moment de jouer l’optimisation, l’action doit être mieux concertée et coordonnée ; et je crois qu’avec les collectivités locales il y a beaucoup à faire, pour optimiser plus, tout en investissant mieux.