Chronique
10 novembre 2017
Transports maritime, aérien et ferroviaire

Paroles citoyennes pour l’air des aires portuaires, des solutions du local au global

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De Marseille à Ajaccio, les associations de riverains se fédèrent, et portent une parole à la fois en prise avec les réalités sensibles du terrain, les problématiques globales des territoires et la santé des populations. Ces entités citoyennes seront très présentes le 14 novembre à la Journée Méditerranéenne de l’Air.

« Le succès du quartier d’affaires Euroméditerranée a repoussé les entreprises liées au port de Marseille vers nos quartiers Nord. Désormais ils concentrent les transports de matières dangereuses, la réparation navale, et la réception des ferries et des navires rouliers… Nous en percevons les nuisances, mais il y a belle lurette que les emplois du port ne profitent plus aux habitants de ces quartiers ».

Elisabeth Pelliccio, la présidente du Comité d’Intérêt de Quartier de Saint-André, en prise sur le nord de la rade de Marseille, estime que le seuil de la douleur est dépassé. Elle n’imagine pas supporter de nouvelles activités. Bruit, pollution atmosphérique… qu’il est loin le temps où Cézanne posait non loin son chevalet, au calme.

Actuellement Air PACA prépare une campagne de mesures et toute une série d’analyses pour 2018, dans ces quartiers. D’une part il s’agira de repérer ce qui, dans la pollution subie, provient des activités portuaires. D’autre part, l’association agréée pour la surveillance de la qualité de l’air imagine faire une photographie précise des niveaux de pollution de ces mêmes quartiers. Un état des lieux incontestable devrait, en bonne logique, générer des politiques d’amélioration efficaces.

Les associations se fédèrent pour peser

L’activité portuaire et ses effets sur les villes-ports entraînent en tout cas un mouvement citoyen. La préoccupation santé y prend la première place. Il en sera très largement question le 14 novembre, lors de la Journée Méditerranéenne de l’Air, au Marseille City Center Vieux Port. Associations, scientifiques, responsables de l’économie maritime pourront dialoguer sur les problèmes et les solutions.

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Richard Hardouin (FNE) :
« Des décisions fermes pour protéger
la santé des riverains »

Ces associations entament d’ailleurs un mouvement de regroupement, afin de gagner en efficacité, en capacité de négociation. « Les meilleures pollutions étant celles qu’on évite, évitons le fioul, c’est ce que nous défendons à la Fédération Nature et Environnement » soutient Richard Hardouin, un de ses représentants marseillais.

« Nous voyons qu’avec les systèmes de dépollution embarqués qui se vendent désormais, nous verrons arriver en Méditerranée les navires qui ne peuvent plus naviguer ailleurs ». La définition de zones maritimes hyper restrictives en termes d’émissions soufrées, en Mer du Nord et près des côtes nord-américaines, pourrait selon lui provoquer cet effet pervers.

M. Hardouin préfère le cas d’école vénitien. La Ville italienne d’Adriatique interdit tout bonnement la circulation des navires polluants dans ses eaux. « Les panaches de pollution maritime attaquent les poumons des riverains. On ne doit pas l’oublier, il y a des conséquences. Donc il faut des solutions de fermeté ».

Une problématique air-santé locale et globale

C’est aussi avec une vision méditerranéenne que Nicolas Antoniotti aborde la même problématique. « Les solutions sont globales, y compris s’il faut s’attacher aux situations locales » affirme le président d’Arialinda (« air propre » en corse), à Ajaccio. Lui aussi sera présent au colloque d’Air PACA le 14 novembre.

Il y mettra en relief, probablement, la problématique des îles méditerranéennes, où les ports concentrent de nombreuses nuisances sur un espace réduit et peuplé. Pour cela, « il faut éviter que ces traitements de fumées embarqués ou à quai ne laissent des tonnes de déchets, qu’il faudra ensuite traiter ». Soufre et particules sur la ville, et usine de traitement de boues issues des fumées, cela ferait trop pour la Corse, Malte, Chypre ou Mallorca.

« Comme en Mer du Nord, c’est par l’instauration d’une Zone d’Emissions Contrôlées (Seca - Sulfur Emission Control Area) que pourra s’améliorer la qualité de l’air dans toutes les îles méditerranéennes ». A la Conférence des Régions Périphériques Maritimes l’idée avance. D’autant qu’elle y est portée par son président, qui est aussi le président de la Collectivité Territoriale de Corse, Gilles Simeoni.