Chronique
6 mai 2016
Etat des lieux qualité de l’air

Avec le Black Carbon ça chauffe pour notre santé, et pour la planète

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Le Carbone Suie est mesuré depuis deux ans par Air PACA. Les niveaux sont élevés aux heures de pointe. Ce noyau de carbone pur issu de combustions incomplètes a deux particularités désagréables : il pénètre loin dans les poumons et contribue au réchauffement climatique.

Depuis 2014 Air PACA mesure le Carbone Suie dans l’atmosphère provençale. A Marseille, Nice et Port-de-Bouc, les trois aethalomètres installés, ou analyseurs de carbone élémentaire, commencent à raconter une sombre histoire…

« Le Carbone Suie, ou Black Carbon, se présente sous la forme d’un noyau de carbone pur, qui peut accrocher d’autres particules, comme des métaux présents dans le diesel » explique Justine Gourdeau. « Sa finesse lui permet d’aller dans les bronches, les poumons et, on le pense, de traverser les tissus, passer dans le sang et contribuer ainsi à des affections cardiovasculaires » poursuit l’ingénieur d’études d’Air PACA.

Nous respirerions depuis longtemps ces fumées si légères, mais tellement toxiques. Ce Black Carbon, les appareils optiques d’Air PACA le distinguent bien, vient des chauffages au bois, en pleine croissance, comme des moteurs diesel, tellement présents depuis des décennies.

Pour l’heure, les associations agréées pour la surveillance de la qualité de l’air, telle Air PACA en Provence-Alpes-Côte d'Azur, s’équipent peu à peu. Air PACA fut parmi les premières. Cela lui permet aujourd’hui de livrer les premières tendances.

Diesel et chauffages, en particulier au bois, émettent ces suies fines

« Sans surprise, le Black Carbon à Marseille comme à Nice, provient d’abord de la circulation automobile. Il s’agit de particules imparfaitement brûlées et à Marseille le niveau s’avère élevé, à cause du trafic important » souligne Justine Gourdeau.

Et si les appareils mettent en évidence un pic du matin, à l’heure de rejoindre bureau ou usine, ils distinguent aussi un pic du soir : lui on le doit aux autos, certes, mais aussi, en hiver, aux chauffages. Les capteurs optiques peuvent même, pourvu qu’on croise diverses études, faire la part du Carbone Suie issu du fioul de celui né d’un poêle à bois, ou d’un brûlage de déchets verts !

Mais à quoi bon mesurer ce qu’on sait désormais abondant, et nocif ? « Ces trois premiers appareils – un quatrième sera installé, à Marseille, quand ces lignes seront publiées – nous aident à comprendre comment naissent et se développent les poussées de pollution particulaire » insiste Justine Gourdeau. « Ainsi, en hiver, nous avons vu que le bois brûlé peut représenter jusqu’à 40% de la pollution atmosphérique, dans certaines régions et par temps absolument calme. Alors que, sur toute l’année, il ne représente que 15% des pollutions particulaires ».

Nous le respirons, les ours polaires aussi

La fine compréhension de ces phénomènes doit permettre de conseiller utilement les politiques publiques favorables à la qualité de l’air en région.

Mais, avec le Black Carbon, si, certes, Air PACA tient à l’œil un agent défavorable à notre santé, l’association identifie aussi, avec lui, un responsable du réchauffement climatique.

Cette suie noire, qui s’échappe des cheminées et des pots d’échappement, absorbe en effet le rayonnement lumineux. Elle constituerait un facteur important du changement climatique. Et sa légèreté la ferait voyager loin.

Ecoutons Paolo Laj, le directeur du Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement, interrogé par Air Parif : « le pouvoir de réchauffement du carbone suie est équivalent à celui du méthane. Déposé sur les surfaces enneigées, il pourrait en accélérer la fonte ».

Ça promet pour la banquise. Voici une pollution locale, à l’effet sur la planète vraiment global.