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L’augmentation de perceptions d’odeurs gênantes en 2016, et l’émergence de nouvelles sources dans les observations du jury de nez marquent ce bilan de la Surveillance Régionale des Odeurs.

« Le nombre d’observations du jury de nez est en baisse, mais le taux de perception, lui, est en hausse » souligne Lise Le Berre. L’ingénieure en charge de l’observation des nuisances (odeurs, brûlages, bruit...) à Air PACA, vient de livrer le bilan 2016 de la Surveillance Régionale des Odeurs. En effet, le document met en évidence la part croissante des odeurs gênantes dans les observations du jury.

Ce « baromètre des odeurs gênantes » compte sur un réseau d’environ 120 bénévoles, qui, une semaine par mois, acceptent de « renifler » leur environnement immédiat, et de noter leur ressenti. Ils sont surtout présents dans les Bouches-du-Rhône et le Var, là où industrie, circulation automobile et traitement de déchets génèrent nombre d’odeurs non souhaitées.

« En 2016 ce « jury de nez » a noté que sur cinq observations, une traduisait une mauvaise odeur» précise Mme Le Berre. 18% exactement des observations signalent une odeur gênante.

Chacun  peut signaler une odeur gênante et provoquer une enquête

nez bénévole gardanne Mme Frosini
Madame Frosini, nez bénévole à Gardanne

Bien sûr les bénévoles viennent au « jury de nez » en général parce qu’ils sont confrontés à une situation désagréable. C’est le cas de Raymonde Frosini, qui vit dans un quartier campagnard de Gardanne (13) proche d’un centre de stockage de déchets ménagers. « En 2012-2013, l’odeur pestilentielle nous obligeait à dormir fenêtres fermées l’été », se souvient-elle.

Elle a longtemps signalé les pics d’odeurs gênantes. Ce qui a entraîné quelques enquêtes de la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal). « Sur appel téléphonique ou via une application, développée par Air PACA*, les citoyens peuvent signaler une odeur gênante » rappelle Lise Le Berre : « trois signalements ainsi effectués par trois personnes différentes sur un même territoire de deux km de rayon et, en moins de douze heures, entraînent l’émission d’un rapport de synthèse aux autorités compétentes.

En 2016 la cause des signalements a évolué, confirmant une tendance. L’origine industrielle des odeurs signalées baisse proportionnellement à l’ensemble des signalements, même si, dans les Bouches-du-Rhône, elle reste forte. Autre baisse relative, celle des signalements liés au traitement des déchets ménagers, alors que les odeurs générées par l’épuration des eaux, elles, sont en augmentation. C’est le cas près de Grasse, où le bassin d’épuration des eaux d’une fabrique d’arômes alimentaires explique à lui seul 70% des signalements d’odeurs.

Ce bilan 2016 de la Surveillance Régionale des Odeurs montre cependant que les rapports de synthèse de la Dreal et les processus de concertation qui généralement s’en suivent, améliorent dans les faits la situation des riverains. Autour de l’importante unité de stockage de déchets du Balançan, géré par le groupe Pizzorno au Cannet des Maures, 48 signalements ont été effectués en 2016, contre 659 en 2015. Suite à un épisode intensément pluvieux, ce site n’avait su gérer l’énorme masse de lessives percolant les déchets enterrés, et odorantes en diable. Nouveaux processus de gestion des déchets, drains… L’exploitant avait mis en œuvre une panoplie d’actions qui ont porté leurs fruits.

Idem à Gardanne (13) où un autre stockage de déchets, Malespine, produit du biogaz, qui s’échappe par trop dans l’environnement. Les composés chimiques qui le composent ne sentent pas la rose. Une concertation suivie entre l’exploitant Semag (une société d’économie mixte agissant pour la commune), les riverains et Air PACA, a permis d’améliorer les pratiques du gestionnaire du site.

En hausse, les odeurs liées à la circulation motorisée et à l’épuration des eaux

« S’il y a eu une avancée majeure, c’est bien le fait de reconnaître la réalité de notre problème olfactif » soutient de son côté Raymonde Frosini. Pour autant, si la situation s’est améliorée, elle est loin de la perfection. «  Nous avons à nouveau pâti d’odeurs pestilentielles l’été dernier, et au gaz il faut ajouter l’odeur des déchets frais. C’est certainement moins grave qu’en 2016, mais notre appréciation c’est : « peut mieux faire ! ».

decharge malespine gardanne
Semag, Gardanne

« Bien sûr il nous a fallu investir quelques 300 000 €, mais les résultats semblent au rendez-vous » affirme de son côté Nicolas Fortuit, le directeur de la Semag. « Nous confions à une société spécialisée la maintenance préventive du site de production du biogaz ; elle anticipe la fatigue des conduites enterrées et les remplace à temps. Et cette pratique améliore les résultats, alliée à des efforts dans le réglage des pressions de biogaz. Au fond, être attentif résout pour bonne part les problèmes ».

A Air PACA, la Surveillance Régionale des Odeurs constate qu’à côté de ces sources olfactives, la perception du jury de nez souligne deux phénomènes en augmentation : « la circulation automobile, qu’on identifiait moins, et les brûlages de déchets verts, qui représentent, en 2016, 23% des origines d’odeurs perçues dans la région » souligne Lise Le Berre.

Un problème compliqué à résoudre, car il s’agit de centaines de foyers dépendant d’individus, que l’administration aurait du mal à identifier.

* Application Signalement Air, www.sro-paca.org, Air PACA : 04 42 02 45 75