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12 février 2016
Odeurs et bruit
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Mieux vaut ouvrir la fenêtre !

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L’air intérieur est plus nocif que l’air extérieur. Et ce qui sent bon n’est pas souvent bon pour la santé. Mais l’ennemi numéro un reste la moisissure. Murielle Mesbah la traque, comme les produits sensés améliorer la propreté. Elle a fait le récit de ses chasses au jury de nez assemblé à Martigues fin novembre.

N’attendez pas les effets du réchauffement climatique pour ouvrir vos fenêtres ! Et tant pis si l’air du dehors est pollué… « A l’intérieur de chez vous, en moyenne, il l’est six à huit fois plus ». La sentence de Mathieu Izard est sans appel. Il est ingénieur d’études à Air PACA.

La douzaine de nez venus se rencontrer à Martigues fin novembre continueront, certes, à humer la pollution odorante du dehors. Mais, au quotidien, ils savent qu’elle sera probablement plus insidieusement grave à l’intérieur. Même si elle sent bon.

Enseignant retraité aixois, Patrick Rochaix s’est installé à Martigues, une fois refermés cahiers de textes et emplois du temps… « Je ne m’attendais pas à subir des odeurs aussi putrides. Au lieu de prendre le frais en été le soir, j’ai dû me retrancher chez moi ! ». Hélas, l’air y sera moins odorant, mais pas moins nocif.

Du vaporisateur au lit de bébé, la maison de tous les dangers

Lits et meubles en bois aggloméré, diffuseurs de parfums d’ambiance, tabac, et la myriade de quelques 900 composés organiques volatils, dont quelques-uns se promènent dans l’atmosphère de bien de foyers, certains cancérigènes…la liste exhaustive serait longue de ce qu’on est amené à respirer chez soi.

« Je n’en citerai qu’un, le formaldéhyde, la star des cancérogènes, spécifique de l’air intérieur » souligne Mathieu Izard. Problème, il est largement relargué par les matériaux et l’ameublement, durant de longs mois.

Une seule solution, même si l’air extérieur n’est pas non plus exempt de cocktails polluants, il faut ouvrir la fenêtre et ne pas obturer les entrées d’air. Ne serait-ce que pour évacuer le dioxyde de carbone, que nous exhalons à chaque respiration et qui est à l’origine de maux de tête, fatigue… lorsqu’il est présent en excès. Conseil de l’ingénieur : « faites des courants d’air, car à partir d’une concentration de 1300 parties par millions (ppm) ce CO2 provoque un effet de somnolence ».

Mais l’élément à traquer d’abord, dans nos maisons polluées malgré nos efforts, ce sont les moisissures. « Elles sont causes de 70 % des pathologies que je constate chez l’habitant », souligne Murielle Mesbah.

Conseillère en Environnement Intérieur, comme à peine une cinquantaine de ses confrères en France, elle est attachée à l’Hôpital d’Aix, et parvient à diagnostiquer, bon an mal an, les problèmes d’air intérieur de quelques 80 logements.

Ses visites sont prescrites par un médecin, qui se doute que, derrière l’asthme d’un enfant ou d’autres déboires sanitaires se cache un souci lié à l’air intérieur.

Elle traque les polluants de l’intérieur

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Murielle Mesbah

Devant une maquette d’appartement type, Murielle Mesbah explique à quels soucis il faut s’attendre. Tel un représentant de commerce en produits ménagers, elle brandit un agent nettoyant, exhibe un vaporisateur de dépoussiérant, et aligne une demi-douzaine de « produits de la maison ».

Or, ni l’hydrocarbure aliphatique du dépoussiérant aux fragrances de bois de santal, ni le parfum d’ambiance au lotus « extrêmement inflammable », ni le pipéronyl butoxyde de l’insecticide au « parfum frais et agréable » ne vous feront de bien aux poumons. « En cocktail c’est encore pire » insiste Murielle Mesbah.

Ses visites à domicile, financées, avec son emploi, par le ministère de l’Ecologie et l’Agence Régionale de Santé, ont un coût moyen de 350 €, dit-elle, en réponse à la question du jury de nez.

Un montant à mettre en balance avec le coût de l’absentéisme au travail, ou de celui des prescriptions pour asthme, qui se répéteront durant des années et des années.

A ce sujet, les questionnaires soumis aux patients visités, six mois plus tard, révèlent que : 75 % reconnaissent une amélioration de leur qualité de vie, que 64 % soulignent une diminution des symptômes ressentis, que l’hospitalisation requise de ces patients a reculé de 26 %, et qu’enfin 19 % ont arrêté tout traitement…