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27 novembre 2017
Agriculture

Le glyphosate est-il présent dans l’air de la région PACA ?

pesticides
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Ce lundi 27 novembre, les pays membres de l’Union Européenne ont voté en faveur* d'une nouvelle autorisation pour cinq ans d’utilisation du glyphosate, dont la licence expirait en fin d’année. Mais le débat autour de cet herbicide controversé continue de faire rage et la population s’interroge toujours sur sa nocivité et ses effets sur la santé. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, qu’en est-il ? Et surtout, le glyphosate est-il présent dans l’air de la région ?

Tour d’horizon du glyphosate

Le glyphosate est l'herbicide le plus utilisé au monde. Son succès : un coût faible, une bonne efficacité et une très grande souplesse d'utilisation. Il est largement utilisé pour du désherbage agricole mais aussi pour l'entretien des espaces urbains et industriels. La diffusion du glyphosate à partir des années 1970 a favorisé le développement des techniques d'agriculture de conservation en permettant de désherber les parcelles sans retourner la terre. Le glyphosate n'est toutefois pas une condition nécessaire à la culture sans labour, qui est aussi pratiquée dans le cadre de l'agriculture naturelle. Présent dans plusieurs centaines de désherbants, le glyphosate fait aujourd’hui débat. Il est classé depuis le 20 mars 2015 comme « probablement cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer.

Le glyphosate est-il présent dans l’air ?

Le glyphosate est une molécule très soluble dans l’eau. Il est malheureusement retrouvé quasi-systématiquement dans l’ensemble des prélèvements effectués pour surveiller la qualité des eaux de rivières de notre région (l'acide aminométhylphosphonique ou AMPA, le métabolite du glyphosate, est détecté dans plus de 50% des bassins versants. Source : FREDON PACA, CORPEP PACA, Conseil département Vaucluse).

Cependant, la pression de vapeur du glyphosate est négligeable, et par conséquent, il n’est pas susceptible de se volatiliser directement à partir des surfaces traitées. Il est donc peu présent dans l’air. Cependant une partie du glyphosate appliqué dans les cultures peut être transférée dans l’atmosphère lors de traitements par vaporisation des gouttelettes entre la rampe d’application et le sol. Son potentiel de dispersion dépendra des conditions climatiques locales (force du vent, précipitation) mais aussi du type d’équipement utilisé. Aujourd’hui le mode d’application tend à éviter cette phase de vaporisation pour éviter la formation de gouttelettes et donc le transfert facilité vers l’atmosphère.

Air PACA a recherché le glyphosate dans l’air pendant 3 ans

Air PACA dans le cadre de la surveillance des pesticides dans l’air (ORP PACA) a mise en place une surveillance spécifique du glyphosate, gluphosinate amonium et l’AMPA (acide aminométhylphosphonique). Le prélèvement et l’analyse chimique de ces 3 composés nécessitent une méthodologie particulière. Une collaboration avec le laboratoire de Chimie et de l’Environnement de l’université Aix-Marseille (LCE) a donc été nécessaire. 5 sites ont bénéficiés de ces prélèvements spécifiques : Avignon, Cavaillon, Toulon, Port de Bouc et Nice entre 2014 et 2016.

Synthèse des résultats :

  • Nice (place Arson), de 2014 à 2016, 29 échantillons analysés : aucune détection des 3 molécules.

  • Toulon, 2015, 4 échantillons analysés : aucune détection des 3 molécules

  • Port de Bouc, de 2014 à 2016, 29 échantillons analysés : une détection du glyphosate le 17 mars 2016 (0,381 ng/m3)

  • Avignon, de 2015 à 2016, 11 échantillons analysés : une détection du glyphosate le 22 avril 2015 (0,298 ng/m3).

  • Cavaillon, de 2015 à 2016, 11 échantillons analysés : 3 détections du glyphosate le 22 avril 2015 (1,043 ng/m3), le 20 mai 2015 et le 16 juin 2016 (0,178 ng/m3).

La limite de détection du glyphosate est de 0,001 ng/m3 (source LCE).

Le glyphosate n’a donc été identifié que 5 fois sur 83 analyses effectuées donc très rarement dans l’air.

Air PACA recherche plus de 50 pesticides dans l’air depuis 2012

Le glyphosate est peu présent dans l’air mais ce n’est pas le cas de tous les pesticides ou produits phytosanitaires.

Rappelons que la surveillance des pesticides dans l’air n’est toujours pas réglementée. Elle n’est donc pas obligatoire.  Elle permet pourtant :

  • D’appréhender l’exposition aérienne des populations vis-vis de ces substances phytosanitaires,

  • D’accumuler des données pour mieux comprendre l’évolution des concentrations dans les différents milieux (urbains : parcs et jardins, rural : milieux agricoles et viticoles, …)

En 2016, les mesures ont été reconduites sur les mêmes sites que 2015 (Nice, Toulon, Port de Bouc, Avignon et Cavaillon). L’échantillonnage temporel et la métrologie ont été reconduits à l’identique (125 échantillons recueillis et analysés).

En 2016, 60 % des substances ont été détectées parmi les 50 recherchées (contre 58% en 2015 et 63 % en 2014)  et 83 % en 2013 sur 43 recherchées.

Les molécules les plus fréquemment détectées sont :

  • Le pendiméthaline (herbicide) : de 4 % à Toulon à 100 % à Cavaillon

  • Le chlorpyryphos-éthyl (insecticide) : de 26 % à Toulon à 78 % à Cavaillon

  • Le lindane (insecticide) : de 96 % à Port-de-Bouc à 100 % à Cavaillon

  • Le boscalid (fongicide) : de 29 % à Nice à 67 % à Cavaillon

  • Le tébuconazole (fongicide) : 61 % à Nice à 81 % à Cavaillon

Les pesticides sont retrouvés aussi bien en milieu rural qu’urbain et industriel, le site de Cavaillon-les Vignères reste le plus impacté. A noter que le Folpel présent jusqu’alors dans les échantillons printaniers de 2012 à 2015, n’est retrouvé dans aucune des analyses 2016 pour les 5 sites.

 

* Dix-huit pays ont voté en faveur de la proposition de l'exécutif européen de reconduire la licence européenne du glyphosate, neuf s'y sont opposés (dont la France) et un pays s'est abstenu, permettant ainsi d'atteindre la majorité qualifiée requise, contrairement à un premier vote début novembre 2017.