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L’agglomération alpine souhaite réduire sa consommation d’énergie, et améliorer la qualité de l’air. Claude Boutron, vice-président délégué à la Maîtrise de l’Energie, la Qualité de l’Air et les Nuisances Sonores s’appuie sur le levier énergétique pour améliorer la qualité de l’air.

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Claude Boutron : « Une réflexion globale est nécessaire en matière d’environnement,avant toute décision »

L’Agglomération de Gap Tallard Durance s’apprête à lancer une initiative majeure pour améliorer la qualité de l’air. Que comptez-vous faire ?

Nous adoptons, comme les autres Etablissements Publics de Coopération Intercommunale de plus de 20 000 habitants, notre Plan Climat Air Energie Territorial (PCAET) au plus tard fin 2018. Il nous faut donc aller d’un bon pas. La délibération de lancement a été adoptée le 21 septembre 2017 par le conseil communautaire. Nous discutons aussi avec notre partenaire Air PACA, de son rôle possible dans cette démarche.

Que représente la Communauté d’Agglomération, démographiquement, géographiquement et en matière d’impact sur l’environnement ?

La communauté d’agglomération Gap Tallard Durance compte dix-sept communes, avec un total d’environ 52 000 habitants. Ce territoire est déjà habitué à une certaine vertu en matière de production d’énergie sans émissions de CO2. Sur le territoire de notre agglomération, la puissante centrale hydroélectrique de Curbans sur la Durance produit depuis les années 1960 en moyenne 440 millions de KWh par an d’électricité sans émission de CO2. Sur la même commune, une centrale photovoltaïque produit maintenant en moyenne 35 millions de KWh par an sans émission de CO2. La ville de Gap et la Communauté d’ Agglomération ont été retenues en 2016 comme « Territoires à Energie Positive pour la Croissance Verte » (TEPCV), ce qui a permis d’obtenir un co-financement d’Etat pour un certain nombre d’actions visant notamment à réduire la consommation d’énergie.

Abaisser significativement la consommation d’énergie

En matière de qualité de l’air, nous savons que Gap a une politique volontaire du vélo. Autre chose ?

Vous savez, depuis déjà 2005, les bus de Gap sont gratuits, très peu de villes font cet effort, car la gratuité ne veut pas dire l’absence de coût. Mais le résultat est là, car depuis le lancement de cette initiative, la fréquentation a doublé.

Le PCAET vise notamment à améliorer la qualité de l’air, en particulier en raisonnant la consommation d’énergie. Que prévoyez-vous dans ce domaine ?

En tant que TEPCV, la ville de Gap est éligible aux Certificats d’Economies d’Energie (CEE) pour les dépenses de rénovation de l’éclairage public. Ceci nous a permis de lancer une vaste campagne de remplacement des lanternes actuelles par des lanternes LED beaucoup moins consommatrices d’électricité. D’ici la fin 2018, nous aurons ainsi installé environ 1450 lanternes LED, sur un total d’environ 7500 points d’éclairage que compte la ville, pour un coût d’environ un million d’euros. Dans le même temps, la ville est en train d’équiper l’ensemble de ses armoires d’éclairage public d’horloges astronomiques synchronisées, radiocommandées depuis un émetteur central asservi à la météo. L’allumage est retardé les soirs de temps clair (permettant d’économiser l’énergie), et avancé lorsque le temps est nuageux.

Nous conduisons aussi un programme de rénovation thermique des bâtiments publics, en particulier les écoles, avec remplacement des chaudières au fuel par des systèmes à gaz à condensation et pose de nouvelles menuiseries à double vitrage. En clair nous souhaitons abaisser notre consommation énergétique de manière significative.

Des glaces arctiques à l’air alpin

Vous avez une vision large et historique de la pollution de l’air, où l’avez-vous acquise ?

Professeur de Physique à l’Université Joseph Fourier de Grenoble, j’ai effectué mes travaux de recherche au Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement et travaillé avec le Professeur Clair Patterson au California Institute of Technology de Pasadena. Nous avons mis en évidence les pollutions anciennes par les métaux lourds, y compris à l’époque de l’empire romain, à partir des glaces du Groenland, de l’Antarctique, des Alpes et de l’Himalaya. Ces travaux ont notamment servi de support scientifique à l’interdiction des additifs au plomb dans l’essence automobile.

En matière d’environnement, pensez-vous que les actions doivent être radicales ou progressives ?

Vous savez, une action visant à supprimer une pollution entraine souvent une autre pollution. C’est ainsi que les pots d’échappement catalytiques, qui équipent nos voitures pour limiter les émissions de polluants comme les oxydes d’azote ou le monoxyde de carbone, sont à l’origine d’une pollution de l’environnement par le platine, le palladium et le rhodium. Le radicalisme en la matière n’est pas la solution, car les interactions sont nombreuses et compliquées. Une réflexion globale est toujours nécessaire en matière d’environnement.