Chronique
6 janvier 2016
Outils de surveillance et information

Ils construisent le baromètre franco-italien de la qualité de l’air

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Les particules en suspension dans l’air de Provence, Rhône-Alpes, Piémont et Val d’Aoste sont surtout celles qui émanent de chacune de ces régions, mais les apports extérieurs ne sont pas négligeables. Pour s’en assurer et prévoir les situations complexes de pollution particulaire, quatre associations de mesure de la qualité de l’air ont joint leurs efforts dans le programme de recherche transfrontalier SH’AIR.

Il fallait tout à la fois déterminer l’origine des pollutions atmosphériques, leur composition, leur évolution, et les prévoir sur quatre régions voisines de France et d’Italie. Voilà le challenge relevé fin 2014 par Air PACA et ses homologues de Piémont, Val d’Aoste et Rhône-Alpes.
Le 15 décembre dernier, treize mois plus tard, les résultats de SH’AIR (Système d’écHange Atmospherique Inter Regional sur la zone Alcotra), ont été jugés positifs, à Marseille, lors d’un séminaire de restitution.
« Nous pouvons dire que les pollutions atmosphériques particulaires*, sont d’abord dues aux émissions nées dans la région qui les subit, » résume l’ingénieur d’Air PACA Damien Piga, spécialisé en modélisation. « Mais les apports extérieurs peuvent être significatifs, ponctuellement » ajoute-t-il.
Pour le dire avec certitude, Air PACA et ses homologues Arpa Piemonte, Arpa Vallée d’Aoste et Air Rhône-Alpes ont cherché à déterminer l’origine des polluants mesurés ici et là. Ils ont agi dans le cadre d’un programme Alcotra de coopération transfrontalière franco-italienne.
Le budget de cette initiative franco-italienne a été soutenu par l’UE pour l’essentiel.

D’abord harmoniser les méthodes des partenaires Français et Italiens

Mais la situation est complexe. « Les émissions polluantes, ce sont plus d’une centaine de composés dont il faut déterminer les sources, mais aussi comprendre leurs associations » reprend Damien Piga. Les polluants émis par les autos, des usines ou des cheminées voyagent, se mêlent puis se transforment au contact les uns des autres. Et encore, la photographie du ciel pollué d’été ne sera pas identique à celle d’hiver.
« En outre, Français et Italiens ne mesurent ni ne prévoient la pollution exactement de la même manière », poursuit l’ingénieur.

Le travail de SH’AIR a donc d’abord été conceptuel. Il nécessitait l’harmonisation entre les quatre organismes partenaires. Dans chaque région concernée, un inventaire des émissions polluantes a été réalisé. Puis les méthodes de calcul et de modélisation des uns et des autres ont été accordées. Enfin, est venu le temps des expériences.

« Nous avons reproduit des épisodes de pollution, simulés sur soixante jours, avec dispersion de particules » résume Damien Piga. « Il a fallu associer à chaque polluant un traceur, afin de suivre toute l’histoire de cette pollution, des précurseurs gazeux à la formation de particules, ainsi que leur cheminement territorial ».

« En fin de compte, nos méthodes et nos résultats s’harmonisent des deux côté de la frontière, et nous pouvons suivre l’évolution d’un épisode de pollution » apprécie l’ingénieur. « Avec SH’AIR, nous démontrons que la grande majorité des particules est d’origine locale, mais aussi que les apports extérieurs peuvent ponctuellement devenir majoritaires. »

Et la cause des pollutions particulaires, elle aussi, a pu être déterminée dans sa complexité : sans surprise, l’été, les déplacements en sont la cause principale ; et l’hiver les chauffages urbains les provoquent avant tout.

En vue, une prévision à court et long terme des pollutions particulaires, avec leurs caractéristiques et leur origine

De l’expérience, les modélisateurs des quatre associations de surveillance, acquièrent une certitude. Il est possible de simuler ainsi la pollution attendue sur une année entière.

Cependant, l’exercice pourrait être d’abord très utile à court terme. « L’important c’est de rendre ces informations opérationnelles, renseigner dès la veille les décideurs, en leur précisant quelle seront les origines de la pollution ». Les mesures de prévention gagneraient alors en efficacité.

Mais à plus long terme, ce travail de modélisation doit aussi nous projeter dans l’avenir. « Que peut-on attendre de la qualité de l’air vers 2050 ? Comment le réchauffement climatique influera-t-il sur elle ? Ce sont des questions auxquelles nous voulons répondre » affirme Damien Piga. « On saurait mieux ainsi quel serait le coût économique et l’impact sanitaire de la qualité de l’air ainsi prévu à long terme. Cela permettrait de prendre bien à l’avance les bonnes décisions ».

Un enjeu qui justifierait le prochain programme Alcotra demandé par les quatre partenaires…

*Deux calibres de particules en suspension sont mesurées en micromètres, ou millièmes de millimètres : PM10 (pour moins de dix millièmes de millimètres) et PM2,5 (pour 0,0025 millimètres), les secondes ayant un réel pouvoir de pénétration dans les bronches. Leur origine peut être naturelle (ex. les terres apportées par le vent) ou humaine (poussières de chantiers, fumées, gaz d’échappement).