Chronique
30 novembre 2017
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De Nice à Port-de-Bouc un air comparable mais…

photo filtres avant et après prélèvement
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Les particules fines recensées à Port-de-Bouc l’industrielle, Nice la tertiaire et Marseille la portuaire auraient une composition ressemblante. A y voir de plus près, la part des activités humaines et la proportion des sources d’origines naturelles brouillent parfois les cartes. Distinguer les différentes sources de pollutions particulaires s’avère essentiel pour agir efficacement afin de réduire les pollutions.

Port de Nice : bateau de croisière

L’air de Nice, celui de Marseille et celui de Port-de-Bouc sans grandes différences ? Tiens donc ! Comment les habitants de la ville port, ceux de la Riviera et les résidents du bourg industriel pourraient-ils respirer un air où les particules ont des caractéristiques équivalentes ? Ces mondes ne vivent pas des mêmes activités, même si c’est sous le même soleil.

« Notre étude a montré pourtant que, globalement, la composition des particules PM10 présente peu de différences entre ces trois villes, même si celles-ci sont un peu plus marquées à Port-de-Bouc » souligne Florie Chevrier. L’ingénieure d’études d’Air PACA, en collaboration avec l’IGE et le LCME, compare compare les données sur la composition chimique des particules émises dans les trois villes. De 2014 à 2016 quelques 150 mesures niçoises, 200 à Port-de-Bouc et une centaine à Marseille ont été confiées au modèle statistique Positive Matrix Factorisation. « Nous jugeons ensuite des résultats en plongeant dans la littérature scientifique, qui est abondante sur le sujet ».

L’intérêt majeur de l’opération reste de qualifier le plus complètement possible la composition chimique des particules que respirent les habitants. Et surtout de les distinguer. Car elles ne sont pas toutes égales entre elles sur le plan de la santé. « Nous distinguons aussi leurs origines », ce qui s’avère essentiel pour une politique de réduction bien comprise des pollutions.

Les particules viennent de la transformation chimique des algues comme des fumées d’usines

Or, si la composition chimique globale des particules PM10 recensées dans les trois cités est assez similaire, il faut noter avec étonnement que, sur un site aussi industriel que celui de Port-de-Bouc, la part des pollutions d’origine humaine est moins importante qu’à Nice.

Autoroute A51 bouchon

A Nice comme à Marseille la circulation automobile provoque plus de 15% des émissions de ces PM10. Alors qu’à Port-de-Bouc elles n’excèdent pas 2%. Dans cette dernière ville, littorale, marquée par l’industrie, l’étonnant c’est que la part des particules issues d’embrun marins est importante. Et tout autant la part de particules produites par la transformation chimique d’algues marines. Disons tout de suite que la présence de particules complexes rejetées par les industries locales est nettement plus inquiétante. On y décèlera des Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques, dont l’éventail ouvert vous dira nombre de cancers possibles.

Marseille, elle, concentre et mêle les pollutions automobiles, celle du brûlage de biomasse, et de la combustion du fioul lourd des navires à la manœuvre portuaire, ou à quai. «  Comptez en outre les masses d’air de zones industrielles que la météorologie locale peut amener vers la cité phocéenne ».

L’étude d’Air PACA est une première ! « Recherche des sources de PM10 dans les villes de Nice, Marseille et Port-de-Bouc » désormais en ligne, préfigure une recherche fine des responsables de pollutions que permet désormais la technologie. « Voici cinq ans le modèle mathématique n’aurait pas autorisé cette finesse » relève Mme Chevrier. Et des appareils évolués d’analyse en direct de la composition chimique des particules, tel l’ACSM installé à Marseille n’existaient pas encore.

Définir les sources avec de plus en plus de certitude

cheminee industrielle

Encore, la marge de progrès est-elle importante. « Nous avons encore à mieux distinguer les sources des pollutions particulaires. Les particules émises par la transformation chimique des algues marines peuvent parfois être confondues avec celles produites par la combustion du fioul lourd des navires ». Un comble ! Il faut aussi se poser la question de l’identité des pollutions. Ainsi, d’une automobile ou d’un camion, certes des polluants atmosphériques s’échappent des pots, mais aussi des pneus, abrasés par le revêtement routier, ou encore de l’usure des freins. « C’est un travail complexe, difficile, il faut intégrer de nombreuses données de natures différentes au modèle mathématique ».

Celui-ci, Positive Matrix Factorisation, est choisi par deux laboratoires de la région de Grenoble-Chambéry, partenaires d’Air PACA pour cette enquête : L’institut des Géosciences de l’Environnement, et le Laboratoire de Chimie Moléculaire et Environnement. Car PMF, dans le petit trio de modèles existants, réclamait de nombreuses mesures de terrain, qu’Air PACA était en mesure de réaliser grâce à l’étendue de son réseau de mesures. Au final, une meilleure fiabilité en était attendue.