Chronique
23 décembre 2016
Bois et déchets verts

147 300 chauffages à bois provençaux à rendre moins polluants

Aix feux saint-jean
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Des particules fines particulièrement chargées en composés chimiques préjudiciables à la santé, voilà ce qu’il s’agit d’éviter, avec un dispositif d’aides à l’achat de chauffages à bois plus performants, au plan environnemental.

Bonne nouvelle ! Les territoires qui souhaitent réduire les émissions de particules fines dues aux chauffages bois peuvent y être aidés. Qu’une seule fois durant les cinq dernières années la valeur limite pour ces PM10 (des poussières au diamètre inférieur à 10 microns) ait été dépassée, et voici les collectivités éligibles à un dispositif d’aides au renouvellement du matériel de chauffage bois.

L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie propose en effet des aides quand une collectivité le demande. Aide à l’étude diagnostic pollution du territoire d’abord, puis aide financière au renouvellement des chauffages.

Avec l’ouverture de ce « Fonds air », l’aide globale au territoire peut aller jusqu’à 3 millions d’€uros, et 50% du coût de remplacement d’un matériel de chauffage.

Des milliers de foyers ouverts et de poêles polluants

Les conditions sont exceptionnelles, car à la hauteur de l’enjeu. La pollution de l’air provoquée par les chauffages à bois à foyer ouvert ou peu performants est en effet très importante. Elle représente 29% des émissions de particules fines PM10 en France en 2013, selon une étude du Citepa (Centre Interprofessionnel Technique d’Etudes de la Pollution Atmosphérique), et de 43% des émissions de PM2,5, encore plus fines et pénétrant plus avant dans nos organismes. Et 80% de ces poussières émises à partir de foyers à bois sont dues à des « appareils non performants – soit des foyers fermés datant d’avant 2002, et des foyers ouverts » selon les documents de l’Ademe informant de la création du Fonds Air.

« En Provence ce n’est pas du tout négligeable puisque, parmi les gens qui utilisent un chauffage au bois, 50 % se servent  d’équipements non performants ; ceux-ci mériteraient d'être changés. Cela concerne 147 300 ménages, selon une étude de la CERC (Cellule Economique Régionale de la Construction Paca), » souligne Philippe Boeglin, référent du Fonds Air pour la région, à l’Ademe. "Pour nombre d’entre eux, il s’agit du mode de chauffage exclusif (environ 1/6 sur le littoral, et 1/4 en montagne). Mais il conviendrait d’agir aussi chez ceux qui, sans que ce soit exclusif, se chauffent principalement au bois. Cela concerne deux ménages sur cinq, sur le littoral, et la moitié des habitants ayant un chauffage à bois dans les régions de montagne".

En cherchant à mesurer la part des pollutions industrielles dans le bassin minier de Provence, Air PACA a mis en évidence cette année la responsabilité de centaines de chauffages individuels au bois. Non seulement celle-ci était importante en proportion, mais aussi par sa « qualité » : ces poussières de bois brulé sont notamment constituées d’Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques, clairement pointées par l’OMS comme cancérigènes.

D’autres études, notamment à Gap et Cannes, menées par Air PACA, ont mis en évidence l’importance de la combustion de bois sous toutes ses formes. Dans ces deux territoires, l’hiver venu, elle peut représenter la moitié des particules fines mesurées (Etude AERA).

De nombreux ménages souhaitent mieux s’équiper et peuvent y être aidés

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Or 37 300 cheminées à foyer ouvert sont utilisées en Paca selon l’étude Cerc. Ce sont les plus polluantes pour l’air ambiant. Mais les poêles à bois ont aussi leur responsabilité. Pour l’avenir l’enjeu est de taille, puisque selon le Cerc encore, « 36% des ménages ayant l’intention de s’équiper choisiraient ce type d’équipement ». Qu’ils se dotent d’appareils labellisés Flamme Verte 7, et l’impact sur l’air sera maitrisé ; mais qu’ils choisissent des poêles rejetant les fumées sans traitement et la qualité de l’air se dégradera pour tous.

« 26 800 ménages provençaux ont l’intention de passer au chauffage bois dans les 5 ans à venir » compte le Cerc. Et 9 700 autres pensent remplacer leur équipement dans les mêmes 5 années. On mesure l’enjeu d’un dispositif qui les aiderait à choisir un matériel à moindre impact sur la qualité de l’air.

D’autant que, sur le même critère, l’étude Cerc estime que le « renouvellement souhaitable » de ces équipements, y compris les cheminées à foyers ouverts, atteint 147 000 ménages en Paca.

Soyons optimistes, car 46 000 ménages régionaux ont déjà choisi de demander une aide dans le passé, en général en crédits d’impôts. Et, si seuls 5% des utilisateurs, aujourd’hui, disposent d’équipements labellisés « Flamme verte » en Provence, la notoriété grandissante de ce label conduirait 40% des ménages prêts  à passer à l’énergie bois, à acheter en conséquence.